Interview d’Helluvah
Message de @judith dans ma boite yagg il y a trois semaines : "Hello,
La chanteuse Helluvah sort son 2e album le 21 septembre, ça te dirait de l’interviewer ou c’est pas ton style de musique?"
1ère pensée : "bah je ne peux pas dire si c'est mon style, je connais pas", 2ème pensée : "Helluvah, ca sonne quand même assez religieux... c'est une chanteuse lyrique ou un truc du genre ?". Je me précipite donc sur wikipédia, et je lis ca : "Sa musique est inspirée par des artistes comme PJ Harvey, Shannon Wright, Cat Power et par le rock anglo-saxon indépendant en général. Elle écrit et chante en anglais, et sa musique peut être décrite comme de l'indie rock nerveux et délicat, aux accents doux-amers.". Indie rock ? Je dis banco bien sûr ! (et j'apprends au passage que Helluvah est la contraction de "Hell of a...")
Après wikipédia, c'est donc vers youtube que je me tourne afin d'écouter un peu cela, vu que la description m'avait fait envie. Et je tombe sur une session vidéo du cargo, ce qui est un gage de qualité étant donné que le cargo ne filme que de très bons groupes (Cocoon, Coming soon... Et même Shaka Ponk !). Et effectivement, c'est de qualité. Je fais donc savoir à Judith que je suis intéressée. Une prise de contact avec l'artiste et quelques mails plus tard, je la retrouve à République pour une interview. Merci donc à Helluvah d'avoir accepté ainsi qu'a Yagg pour visiblement me faire confiance (et ce sont bien les seuls d'ailleurs
). Voici donc l'interview susnommée, enjoy !
Ton nouvel album, « As we move silently » sortira le 21 Septembre en digital et fin Septembre pour la version physique (ndla : il a été finalement annoncé pour le 12 Octobre hier). Pourquoi ce choix de le sortir d'abord en version digitale ?
C'était plus pratique de le mettre d'abord à disposition sur toutes les différentes plateformes digitales. Et puis comme maintenant la vente numérique progresse et que la vente de disques diminue, c'est finalement pas plus mal de sortir la version digitale un peu avant, afin que les gens puissent l'écouter et avoir envie ou non d'acheter le CD après.
C'est donc ton deuxième album, le premier étant sorti en 2008. Et quand as-tu commencé la musique ?
Il y a environ 6 ans.
Et tu as aussi fait des études de journalisme : tu es allée jusqu'au bout ou tu as abandonné pour te lancer dans la musique ?
Non, je suis allée jusqu'au bout. Et quand j'ai terminé, je me suis dit que j'avais envie de faire quelque chose de concret et sérieux dans la musique. J'ai bossé en freelance pendant quelques temps, et finalement la musique a pris le pas sur le journalisme.
Tu as tout de suite signé sur une maison de disques ou tu as commencé en autoproduit ?
J'ai fait une première démo que j'ai envoyée à des maisons de disques, et j'ai trouvé assez rapidement un petit label, Blog up music, avec lequel j'ai enregistré mon premier album. Pour le deuxième, j'ai changé de label, mais c'est toujours un label indépendant. Pour le premier label, ils m'avaient à la base contactée parce qu'ils faisaient une compilation de berceuses interprétées par des groupes de rock, j'ai donc enregistré un morceau et ça leur a plu, du coup ils m'ont proposé de sortir l'album chez eux.
Dans cette compil, il y avait aussi Tender Forever...
Oui, il y a Tender Forever, Grizzly Bear, et beaucoup d'autres artistes indépendants.
En fait, j'ai un peu le sentiment qu'il y a une scène indé et féministe qui commence à se monter en France, avec Tender Forever, le Ladyfest, les femmes s'en mêlent auquel tu as participé... Est-ce que tu as l'impression de faire partie de cette scène ?
Je pense oui, car je suis une fille qui fait du rock dans un label indépendant. Après ce n'est pas une scène formelle, on ne se dit pas « je vais monter une scène que pour les femmes ». Mais il y a déjà plus de femmes qui font de la musique, et c'est un réseau qui se crée par le bouche à oreille.
Du coup, le fait d'être une femme dans le milieu de la musique peut être aussi bien un frein qu'un avantage, car il permet d'avoir un public grâce à ce réseau...
Je pense que comme il y a moins de femmes que de garçons dans le milieu de la musique, il y a peut-être une sorte de discrimination positive. Ce n'est qu'une théorie, mais il y a peut-être des gens qui se disent « Et en plus c'est une fille ». On est d'accord que normalement ca ne devrait rien changer, mais ce n'est pas le cas. Et donc certains vont pratiquer une forme de discrimination positive en mettant une fille en avant justement parce que c'est une fille.
Il y a aussi parfois des gens qui me disent que c'est courageux de monter seule sur scène alors qu'on ne me le dirait pas si j'étais un garçon.
Tu parlais d'être seule sur scène : justement, pour l'enregistrement, tu fais tout toute seule ou tu as été épaulée pour cet album ?
Pour le premier, on avait peu de moyens, donc on avait fait ça en quelques jours dans un gîte avec Bob, mon batteur. Pour le deuxième c'était différent car ca a été produit par le label donc on a eu plus de moyens, on était en studio, avec un ingé son, des cordes, du piano, du ukulélé dont j'ai joué... C'est du coup plus riche musicalement car il y a plus d'instruments.
Et sur scène, il n'y a que toi et ton batteur ?
Oui, je fais guitare/voix, j'utilise aussi des samples pour rajouter un peu de basse ou une boîte à rythme.
Et également des voix additionnelles ?
Pas pour l'instant, mais peut-être oui. Je ne pense pas que ça sera des voix pré-enregistrées, mais plutôt une pédale pour doubler les voix sur scène et mettre des chœurs car il y en a beaucoup sur le disque. Je ne sais pas encore, mais je vais y réfléchir en tout cas.
Et Bob joue donc de la batterie, et il fait aussi de la basse : parfois il ne fait que l'un des deux, mais parfois aussi il fait la basse mais en gardant le pied sur la pédale de la grosse caisse. On est que deux mais du coup on arrive quand même à se débrouiller.
Et vous allez bientôt passer sur Paris ?
C'est en cours de négociation (ndla : depuis deux dates ont été confirmées, mais on y reviendra à la fin du post)

Avant « As we move silently » tu as aussi sorti un EP de remix, « Monster Lunch ». C'était ton idée ou c'est quelque chose qu'on t'a proposé ?
En fait c'est mon batteur qui a voulu remixer des morceaux de l'album, donc je lui ai dit « vas-y, fais-le ». On a bien aimé et donc on s'est dit « Pourquoi pas faire un peu la promo des nouveaux morceaux avant la sortie de l'album ? », donc on a sorti ça.
Uniquement en digital cette fois, non ?
Oui, seulement en digital, il n'y a pas eu de sortie physique.
Et y a-t-il d'autres artistes avec lesquels tu voudrais collaborer ?
Peut-être oui, ca serait intéressant. Pour l'instant je n'ai jamais cherché à le faire, mais ca se fera probablement un jour.
Déjà, sur l'album, il y a un morceau avec du piano, Snow, et le piano est joué par Amandine Maissiat, l'ancienne chanteuse de Subway, qui est une très bonne amie à moi. Du coup comme je ne sais pas jouer de piano et que le morceau était initialement à la guitare, je lui ai demandé de faire les arrangements au piano et elle fait également les chœurs. C'est la seule collaboration sur l'album.
Avant l'interview on parlait de Blink-182, et c'est plutôt drôle car je ne connaissais pas du tout tes chansons avant qu'on me propose une interview, et en écoutant Breathe in, breathe out , la première chose que je me suis dite, c'est que le riff ressemblait énormément à celui d'Adam's song... C'est voulu ou c'est juste une coïncidence ?
Non, ce n'est pas voulu, mais tu n'es pas la première personne à me le dire, même si c'est assez rare car les gens qui écoutent du rock indé n'écoutent pas trop Blink. Mais quelqu'un m'a déjà dit « C'est bizarre, ca ressemble vachement à du Blink », et je lui ai répondu « Ouais, c'est vrai », alors que ce n'était pas voulu.
C'est un hasard inconscient, car j'aime vraiment cette chanson et je m'en suis inspirée sans m'en rendre compte, c'est venu seulement après coup. On pourrait croire que j'ai pompé éhontément, mais c'est seulement le hasard.
En même temps, c'est vrai que c'est rare de trouver des gens fans à la fois de rock indé et de punk-rock...
Il y en a quand même, la preuve, il y a toi et j'aime beaucoup cette chanson de Blink ainsi que d'autres. Mais c'est vrai que la grande majorité des gens qui écoutent du rock indé ne sont pas des fans de punk-rock.
Sinon, tu es ouvertement lesbienne, et il y a longtemps, j'avais commencé une réflexion sur la place des lesbiennes dans l'industrie musicale (ndla : d'ailleurs je vais la reposter ici d'ici peu, pour éviter de mettre un lien vers mon blog perso)... Est-ce plus dur de signer sur un label lorsqu'on est ouvertement lesbienne ?
Je suis pas sur une major, donc pour les majors je ne pourrais pas te dire, mais en tout cas sur mon label ce n'est même pas une question à aborder. Ils s'en foutent et c'est tant mieux. Mais certains peuvent se dire que c'est risqué vis-à vis du grand public. Mais je pense que Gossip a un peu ouvert la voie : la chanteuse est ouvertement lesbienne, mais ça fonctionne auprès de tout le monde.
Pour le rock indépendant, ce n'est pas quelque chose qui concerne le grand public, donc la peur éventuelle que ça ne va pas marcher auprès de la ménagère parce que je ne suis pas hétéro n'existe pas vraiment. En tout cas, jusqu'à maintenant, mon orientation n'a jamais posé le moindre problème.
Voilà, donc maintenant j'ai un exemple pour mon article...
Exactement (rires). En ce qui me concerne, je n'ai pas le sentiment que cela change quelque chose, et si c'était le cas, ils n'iraient pas me le dire. Mais ça ne m'a en tout cas pas empêché de signer sur un label.
Pour parler un peu actualité, tu as probablement suivi la polémique sur la théorie du genre...
Oui, en effet, et je suis effarée en voyant les propos du député des Alpes-Maritimes, Lionnel Luca, qui a fait un rapprochement entre la théorie du genre et la pédophilie. Déjà, je ne vois pas le rapport, et je pense que c'est même lui qui a un problème.
Je n'écoute même pas ce genre de polémiques, car à l'évidence, tu ne nais pas avec le gêne du rose, de la barbie et de la vaisselle ou celui du bleu et du bricolage. Évidemment, il y a des constructions sociales qui correspondent à des convenances, comme par exemple tous les garçons jouent au foot, ce qui n'est pas le cas. En France on vient de découvrir qu'il y avait une équipe féminine, et uniquement parce qu'elles ont gagné.
Mais si tu vas aux Etats-Unis, là-bas c'est les filles qui jouent au foot, pas les garçons. Le football féminin y marche beaucoup mieux que le football masculin. Les mecs vont plutôt jouer au baseball, au basket, au football américain, mais ils ne vont pas jouer au foot. Du coup tu te rends compte que tout ça c'est culturel, et il y a des millions d'exemples du genre.
En tout cas, tu peux très bien apprendre à une fille à planter des clous et à un garçon à faire la vaisselle, il n'y a pas de différence. Je n'écoute donc pas la polémique et je suis absolument scandalisée par ça. Et ce qui me scandalise encore plus, c'est les propos de députés de droite comme Vanneste ou Luca. Vanneste avait déjà été condamné puis blanchi pour ses propos homophobes lors que normalement c'est la loi, il doit être condamné, et pour moi c'est vraiment de l'homophobie d'état. C'est comme le racisme d’État avec Brice Hortefeux qui a été condamné par le tribunal de grande instance pour injures raciales puis relaxé par la cour d'appel, et à aucun moment il n'a été question qu'il démissionne du gouvernement, et il n'y a eu aucune réaction pour le pousser à démissionner. On est donc considérés comme une minorité et c'est un vrai signe de mépris. C'est pour ça que j'espère vraiment que la gauche va passer en 2012 !
Moi quand j'ai dit que les députés tenant des propos homophobes devraient être condamnés, on m'a accusé d'avoir des velléités de maître censeur en herbe...
C'est pas être un maître censeur : il y a des lois qui existent même si elles sont mal appliquées, voire pas appliquées. Donc si tu n'es pas content, demande à faire changer la loi dans ce cas, de la même manière que les LGBT et d'autres se mobilisent pour l'ouverture du mariage. D'ailleurs ça commence à changer, je pense qu'on est en bon chemin. Il y a eu un débat, et même s'il n'a pas été très productif, à chaque fois il y a moins de gens qui votent contre. Récemment il y a eu un sondage disant que la majorité du français était pour l'ouverture du mariage aux couples homosexuels et je pense qu'on va l'avoir, mais pas avec ce gouvernement en tout cas.
J'espère que cette interview vous a donné envie de découvrir un peu plus l'univers d'Helluvah, vous pouvez en tout cas retrouver toutes ses infos sur son site officiel, et aller l'applaudir le 7 Octobre à la librairie Charybde pour une soirée littérature et rock music ainsi que le 18 Décembre à l'international pour la soirée boutiques sonores avec Bumpkin Island et Pierre & Marie. Et vous savez le mieux ? C'est gratuit, donc pas d'excuses ! (bon à la limite si vous habitez en province vous êtes pardonnés...en tout cas je pense aller au minimum au concert du 7 Octobre, à bon entendeur...).
Edit du 28/09 : Suite à un mail d'Helluvah, j'ai modifié légèrement la réponse sur la théorie du genre : mon enregistrement n'était pas de bonne qualité et c'était vraiment dur de bien entendre parfois, donc j'ai du essayer de faire avec le contexte et ce que j'arrivais à entendre... Je n'avais donc pas entendu l'allusion à Brice Hortefeux et entendu "connexions sociales" au lieu de "constructions sociales". C'est à présent réparé
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Merci pour la découverte, je kiffe bien
Chouette interview
Arf le 7 suis pas là… Mignonne en tout cas
J’écouterais ça
Sympa de faire des découvertes sur Yagg !!
Merci @STid
Une fois de plus, ton interview donne vraiment envie, et ça, c’est classe.
Belle musique, belle meuf, bel interview. Que demande le peuple ?
[...] À lire sur This business of Art. [...]
Très intéressant comme toujours, tu as des qualités certaines @STid, j’ai découvert avec plaisir, une chose me choque si tu permets … au début de ton article, « lyrique ou un truc de ce genre », pourquoi se mettre des barrières, là où il n’y en a pas
[...] l’interview d’Helluvah par la yaggeuse STid sur le blog This business of [...]