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This business of Art
De la musique mais pas que, indé mais pas que.
Billets d'humeurs | Réflexions sur la culture | 26.04.2013 - 23 h 58 | 2 COMMENTAIRES
Pourquoi j’étudie la médiation culturelle ?

Comme j’ai pu l’expliquer dans un précédent article, dans la vie j’étudie la médiation culturelle. En gros, comment permettre un échange entre la culture et le public.

Il y a quelques années, je voulais faire du journalisme musical. Et puis j’ai pris peur. J’ai eu peur de ne pas réussir le CELSA ou n’importe quelle autre grande école de journalisme, peur de ne pas vouloir faire ce que je voulais par la suite. Puis quand j’étais en seconde, il y a eu un atelier de sensibilisation à l’écologie, couplé à du « comment monter une entreprise » (oui bon, c’était bizarre et mes souvenirs sont confus). Le fait est qu’on nous a proposé d’imaginer une action en rapport avec l’écologie. Moi, je commençais à traîner mes pompes et mes grands t-shirt (et mes cheveux longs, imaginez donc) dans des concerts de rock. J’ai fini par logiquement inventer un festival de rock écologiste et me prendre au jeu l’espace de 2 heures.

Plus tard, lorsqu’il m’a fallu me remettre à penser à mon orientation scolaire, j’ai repensé au plaisir que j’ai eu à imaginer tout ça, et j’ai fini par me dire qu’un jour, j’en ferai mon métier. Pour faire court, j’ai cherché des DUT et des licences de communication pour tomber sur une licence de médiation culturelle, premier choix sur post-bac, prise, et bam, actuellement en 2ème année.

J’aurais pu suivre un parcours tout tracé : prépa-école de commerce-bon boulot qui rapporte. Mais je n’en avais tout simplement pas l’envie. Alors je me suis lancée dans cette voie, peut-être trop vague et bouchée.

Quand mes parents ont appris mon choix, ils m’ont répondu : « Mais pourquoi faire ? T’aimes pas l’art. ». Ca ne m’a jamais vraiment quitté, et cela me quittera sans doute jamais. Parce que c’est extrêmement révélateur de qui j’étais en arrivant, qui je deviens et qui j’espère devenir.

Quand je suis entrée, j’étais une rockeuse passionnée par les jeux vidéos et les séries. Et quand je sortirai ? Eh bien, j’espère que je serais encore tout ça, mais en 100 fois plus.

Je ne néglige pas toutes ces connaissances plutôt « classiques » que tous ces cours de culture générale m’ont apportées et m’apportent. Mais plus le temps passe, et plus je sais que je ne veux pas être au service d’une culture « légitime ». C’est con, pas vrai ? Je suis contente d’apprendre des choses sur l’art, le théâtre, etc. Mais ce n’est pas ça qui m’intéresse en priorité.

Ce qui m’intéresse, c’est une chose extrêmement égoïste. Je garde sans cesse à l’esprit ces gamins de banlieue qui voient la culture comme quelque chose de lointain, de contraignant et de profondément chiant. Parce que ces gamins, j’en faisais partie il y a une dizaine d’années. Bien sûr, mes parents m’ont fait visiter des musées quand j’étais petite et ont veillé à ce que j’aie une certaine culture générale. Mais je m’ennuyais toujours énormément pendant les visites guidées. C’est toujours un peu le cas à présent. Je ressentais qu’on essayait de m’imposer une culture sans essayer de comprendre la mienne. Je me suis sentie illégitime durant une bonne partie de ma 1ère année de licence, comme une sorte de banlieusarde geek, rockeuse et gouine, n’entrant pas tout à fait dans le moule.

Dans le fond, je suis extrêmement egocentrique (ce qui n’est pas une nouveauté en soi). Quelque part, je cherche à me légitimer moi-même. J’essaye de prouver que les séries télévisées, les musiques actuelles, les jeux vidéos, etc, c’est de la culture. Mais je ne sais pas à qui je cherche réellement à le prouver. Peut-être est-ce, dans le fond, à moi-même. Comme si je cherchais à me débarasser de la honte que je peux ressentir parfois face à mon manque de connaissances. Mais c’est une volonté individuelle que je cherche à mettre au service du collectif.

Peu à peu, j’ai fini par comprendre qu’être différente était une force (et pour le coup je ne parle pas spécifiquement de l’homosexualité). D’ailleurs, tout le monde est différent. Il y a autant de médiations que de médiateurs. C’est ça que j’ai eu du mal à comprendre au premier abord. Je n’ai pas à me conformer. C’est toujours bien d’avoir des bases de culture générale pour élargir mes horizons, mais je sais que je dois à présent cultiver mes spécificités.

Avoir une vraie culture en séries télévisées. Imaginer, comprendre, comment les légitimer, comment les relier aux autres arts parfois. Mettre aussi en relation les nouvelles technologies, le numérique, et la culture. Voilà mon vrai défi. C’est peut-être prétentieux. Mais je suis comme ça, j’ai besoin d’un but, d’un idéal à poursuivre pour réussir à avancer. Je vais peut-être faire autre chose au final, mais je ne dois pas perdre de vue cette motivation.

Et quand je n’en pouvais plus des cours, que je ne me reconnaissais plus dans ce que je faisais et que je réflechissais aux options qui s’offraient à moi, y a ce gamin qui s’est à nouveau manifesté. Ce gamin de banlieue avec sa culture et son ennui, son manque d’intégration parfois. Je ne peux pas le laisser tomber. Bien sûr, je ne suis pas indispensable. Personne ne l’est de toute façon. Mais s’il y a un rôle à jouer dans la reconnaissance de toutes les pratiques culturelles, dans l’intégration et la légitimation des différents publics, alors je veux en faire partie.

Alors oui, c’était un article égoïste, pour décrire mon égoïsme. Mais parfois, ça fait du bien d’en écrire un.

Billets d'humeurs | 24.04.2013 - 13 h 04 | 2 COMMENTAIRES
« I’m proud to be, proud to be me »

On y est enfin. Hier, j’ai reçu la chose la plus précise qu’un être humain peut recevoir, et même doit recevoir : l’égalité.

Bien sûr, cela n’a pas été sans mal. Bien sûr, il reste encore du chemin à parcourir et des plaies à panser. Mais ça fait du bien de se sentir enfin reconnu(e)s en tant que citoyen(ne)s à part entière. Dans l’immédiat, cela ne changera rien pour moi évidemment, mais la symbolique est forte, pour tous les LGBT et pour tous ceux à venir, qui grandiront dans un pays où ils seront considérés comme des citoyens comme les autres.

J’ai gardé dans ma mémoire, parfois dans mes tiroirs ou dans mon appareil photo, des souvenirs de tous ces moments jusqu’à l’obtention de ce droit. Les peines, les joies, les déceptions et les espoirs, toutes les composantes d’une étape qui vient de s’achever. Plus tard, je pourrai expliquer à mes futurs enfants tout ce qu’il s’est passé, cette période historique que nous avons vécue ensemble.

Cela n’a pas été facile. La parole homophobe a été décomplexée, le moral en a été entaché de multiples fois (je ne participais plus aux rassemblements vers la fin car je me sentais bien trop épuisée mentalement), mais on a fini par gagner, et c’est cela qu’il faudra retenir par la suite. L’Histoire ne se souviendra pas de Barjot, mais elle se souviendra de Taubira, de Bertinotti, mais surtout de tous les militants qui ont rendu cela possible.

« We got a long, long, long way to go » dirait Our Lady Peace. Il reste du boulot : PMA bien sûr, lutte contre l’homophobie à mener encore et toujours, et sans jamais oublier les droits des trans auxquels il faut à présent s’attaquer.

Mais pour l’heure, accordons-nous un moment pour fêter cette victoire. Comme l’a dit Delanoë hier, la France est belle aujourd’hui. Continuons à la rendre encore plus belle, et à redorer notre devise trop souvent bafouée. Elle est déjà un peu redorée, et putain ce que c’est bon !

Billets d'humeurs | 30.11.2012 - 00 h 00 | 10 COMMENTAIRES
Fight the good fight.

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Je ne suis pas quelqu’un de spécialement émotif. Voire pas du tout à vrai dire : je suis absolument incapable de me rappeler la dernière fois où j’ai pleuré. Et pourtant, ce soir j’ai failli. Le reportage de France 2 est un peu comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase : une fois de plus, j’ai l’impression de me faire cracher à la gueule, de me faire tabasser au plus profond de moi, d’être une moins de rien, une menace à la société.

J’ai pourtant pas de quoi me plaindre dans ma vie personnelle : ma copine est super, mes parents l’adorent et ses parents m’aiment bien aussi. Mais j’ai beau répéter de ne pas prendre tous les propos homophobes personnellement et de se blinder, parfois l’armure faiblit et les coups passent. Et dans ces moments-là, je me rappelle que même si ma relation me satisfait pleinement et me semble être naturelle, il reste des gens qui veulent continuer à nous considérer comme des sous-citoyennes, voire des anormales. Pourtant, quand je parle avec des amis hétéros d’histoires de couple, il n’y a pas de grande différence entre nous mis à part la sexualité (et encore…).

Dans le cadre d’un projet de théâtre, j’ai raconté à mes partenaires la contre-manif face à Alliance Vita. Je crois que c’est là où l’armure a commencé à se fissurer.

Tout a commencé dans le métro. Denfert-Rochereau était blindé, on a décidé d’aller à Raspail. Sur le quai d’en face, je vois un couple et leur enfant. Je n’y prête pas plus d’attention que ça avant de me rendre compte que l’enfant (qui avait sans doute 7/8 ans) tenait une pancarte « Un papa, une maman ». J’avais beau être préparée, avoir vu des vidéos, lu des choses, parfois plus violentes, on ne se rend jamais compte de ce que c’est avant de l’avoir pris en pleine gueule. Cette vision m’a fait l’effet d’un coup de poing. J’ai eu un temps d’arrêt, incapable de parler à ma copine, avant de prétendre que j’allais bien (elle n’était bien sur pas dupe).

Arrivées à Raspail, on a eu la joie de constater qu’on était en fait au début du cortège et qu’il nous fallait tout remonter pour rejoindre la contre-manif à Denfert-Rochereau. Ce qui est marquant dans tout ca, c’est que l’ambiance y était festive (rythmée par du Mika, ce qui m’a valu un énorme fou rire nerveux), familiale, bref on pourrait croire à quelque chose de convivial, bon enfant. Mais tout ceci n’est bien sûr qu’un leurre pour masquer la violence du propos. On voit des gamins tout mignons… mais qui ont un signe masculin sur la joue et le signe féminin sur l’autre, qui scandent que « un papa, une maman, ça va mieux en le disant » et qui tiennent un ballon rose ou bleu selon leur sexe. Ça me choque énormément de voir qu’on apprend l’intolérance dès le plus jeune âge : ces parents ont-ils seulement songé que leurs enfants pourraient un jour se « révéler » homosexuels et que cette image les hanterait ? On ne demande même pas leur avis aux enfants : ce n’est qu’une sortie familiale parmi tant d’autres après tout.

Et dans tout ça, dans ces stéréotypes de familles bien-pensantes, cathos et traditionnelles, nous. Nous qui nous nous prenons tout ca en pleine tête, qui entendons même des « aux armes ». Mais qui avançons, vite, main dans la main, en serrant fort comme pour se rassurer et se protéger. Dans ce déferlement de violence psychologique, nous restons unies. Sans doute que c’est ça qui nous permet de ne pas s’effondrer complètement : l’union. Et en disant ca, je ne parle pas uniquement de mon couple mais de toute la communauté LGBT. Dans le fond, il n’y a qu’en étant unis que nous resterons forts face à toutes les phrases homophobes que nous nous prenons tous les jours.

Et justement, après cette traversée éprouvante (heureusement pas physiquement, personne n’étant venu nous emmerder, déjà un point positif), nous avons réussi à rejoindre la contre-manif. Ma copine se tourne vers moi et me déclare : « j’ai jamais été si contente de voir des homosexuels » avant de m’embrasser. On critique le communautarisme, mais parfois ça a du bon d’être « entre nous » (et avec des gay friendly que je n’oublie pas et remercie de tout cœur), surtout après ça. On est très peu par rapport à Alliance Vita, mais on est soudés. On scande des slogans, on ne lâche rien. Des couples se détachent de temps à autre du groupe pour s’embrasser devant celui-ci : après la tempête vient le calme, le soulagement de voir de l’amour et un groupe qui défend ses droits coûte que coûte.

On ne lâchera rien, sachez-le bien, chers opposants au mariage. Même si c’est dur de vous entendre, on ne vous laissera pas nous foutre plus bas que terre. On fera entendre notre voix ensemble, on se battra autant qu’il le faudra. Et croyez-moi, je suis épuisée de tout ça. Ce n’est pas pour autant que je renoncerai, même si c’est dur, même si ça me fait mal. Au moins plus tard, j’aurai la fierté de dire que je me suis battue pour mes droits, que j’ai eu un rôle, même minime, dans l’Histoire que nous sommes en train d’écrire. Car l’Histoire est en marche, le débat que vous désirez tant a lieu depuis bien longtemps, et je suis au regret de vous dire qu’il ne vous est pas favorable. Vous vous battez contre quelque chose que vous avez déjà perdu.

Nous pendant ce temps, on se bat pour être reconnus comme des citoyens et pour que les générations futures puissent grandir dans un monde où homos et hétéros seront égaux, où les jeunes homos ne feront pas de dépressions parce qu’on leur répète à longueur de journée que c’est contre-nature. Putain, j’espère vraiment qu’un jour vous réfléchirez à tout ca et que vous aurez honte de vous et du mal que vous causez en prétendant être des défenseurs de la société. En attendant, vous verrez bien le 16 Décembre qu’on est bien décidés à se faire entendre face à tout ce qu’on se prend au quotidien.

Fight the good fight

PS : Texte écrit en un trait dans un coup de sang, désolée si c’est parfois un peu répétitif ou s’il y a des fautes, je voulais garder sa spontanéité 🙂

Billets d'humeurs | 03.09.2012 - 13 h 07 | 5 COMMENTAIRES
Candidat à rien, Bornanotherway, Business of art et moi.

Quelques uns le savaient déjà, mais à présent que la rentrée est arrivée et que le premier article est publié, je peux l’annoncer officiellement : je ferai partie de l’équipe de rédaction du site Candidat à rien.
Tout d’abord, qu’est ce candidat a rien ? Il s’agit d’un site se voulant le reflet de la vie de jeunes adultes (d’une vingtaine d’années, ceux qu’on dit blasés, « candidats a rien ») en 2012. On y parle aussi bien politique que sport, actualité, culture… Alors, forcement, étant âgée de bientôt 19 ans et suivant ce site depuis un bon moment, j’ai tout de suite accepté quand Bonakor (responsable du site) m’a proposé d’écrire un article sur la musique toutes les semaines.
Concrètement, qu’est ce que cela va changer pour vous, moi, et surtout, les blogs que je tiens ici ?

Vous, vous pourrez me retrouver sur candidat à rien chaque dimanche, à parler de musique comme je l’ai toujours fait ici. Pas de gros changements.
Ensuite, vous vous doutez bien qu’il m’est difficile de tenir trois blogs tout en suivant des études, en ayant une vie personnelle… Une refonte s’impose donc.

Tout d’abord, je vais faire en sorte qu’il y ait de mon côté aucun changement sur born another way, le blog que je tiens avec @Red. Vous ne pouvez pas imaginer la joie et la fierté que j’ai en tenant ce blog depuis déjà plus d’un an, qui plus est avec quelqu’un avec qui j’entretiens une amitié qui n’a probablement pas échappé aux habitués de la communauté. Je suis donc bien trop attachée a ce blog pour arrêter d’écrire dessus, vous retrouverez donc toujours ma participation aux news de la semaine et des articles écrits au fil des envies (dont une série sur le pop punk que je devrais vraiment finir…).

Pas de problème du cote de born another way, donc. Le problème se situe ici, sur ce blog. La aussi, j’y suis vraiment attachée : il m’a permis d’être accréditée deux fois aux solidays (la aussi je devrais finir les articles, je sais…), d’interviewer des artistes que j’aime (j’ai d’ailleurs interviewé fiodor dream dog il y a assez longtemps mais gros manque de temps pour retranscrire et enregistrement de mauvaise qualité : je l’exploiterai sous forme de portrait cependant, histoire de ne pas avoir fait perdre son temps à @Judith, l’attachée de presse de Fiodor et Fiodor elle-même)… Bref, ce blog m’a permis de commencer a me former. Je ne compte donc pas l’abandonner. Au jour d’aujourd’hui, je pense l’utiliser pour y publier mes articles les plus axés LGBT/Féminisme/queer. Thématiques reliées, comme d’habitude, a la musique et/ou la culture en général (comme l’article sur la culture LGBT, dont je dois avouer être assez fière). Il y aura sans doute une bonne part de socio dedans, ce que je comptais de toute façon faire avant que la proposition de Bonakor ne survienne. Je ne peux pas vous indiquer de fréquence régulière de publication pour autant. Sachez juste que ce blog n’est pas abandonné et qu’il sera pour moi une façon de concilier militantisme, culture et sociologie. C’est en tout cas comme cela que je le conçois actuellement. J’aimerais beaucoup parler de séries reliées aux LGBT (comme le faisait @yccallmejulie) également, on verra.

Une fois ceci défini, que ferais-je donc sur candidat a rien ? Tout le reste, en quelque sorte. Des articles sur des artistes coups de cœur, de la réflexion vis a vis de l’actualité musicale, des playlists, etc… J’ai une liberté totale, chose à laquelle j’ai toujours tenu.

Alors voila : on se dit rendez vous tous les dimanches sur candidat a rien et les jeudis sur born another way, et ici pour des articles plus irréguliers. Un gros merci en tout cas à la yagg team qui m’a beaucoup aidée et à tous ceux qui suivent ce blog. Il ne disparaitra pas, qu’on se le dise ! Je sentais juste qu’il me fallait mettre les choses au clair, à la fois pour moi (mettre tout ca par écrit m’a permis d’y réflechir un peu plus sérieusement) et pour vous.

Concerts | 01.09.2012 - 17 h 06 | 1 COMMENTAIRES
Solidays : jour 2, et quelle journée !

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Après une bonne nuit de sommeil, le soleil vient me réveiller. Après avoir constaté que j’étais en sueur, il me faut me faire une raison : je dois aller à la douche.

Sauf qu’à la douche il y a du monde. Beaucoup de monde. Trop de monde. Du moins pour les douches individuelles, les douches communes en plein air n’attirent bizarrement qu’assez peu de festivaliers, sans doute plus assez saouls pour être exhibitionnistes (même si on s’y douche en maillot de bain, rassurez-vous). N’étant ni saoule ni exhibitionniste, je suis donc partie pour une heure d’attente, pendant laquelle je constate que le camping Solidays a un côté club Med. Il y a en effet une radio au camping avec des animateurs qui appellent à se rendre à un chapiteau pour des activités telles que blindtest… Et préparation d’une flashmob sur « Motivé » de Zebda (à laquelle je n’ai pas participé. Cachez votre déception.). Bon, je vous rassure, on n’a pas complètement perdu l’esprit festival non plus, il y a quand même des gens qui crient « apéroooo » un peu partout.

Oui, c’est la queue pour les douches. Non, je ne déconne pas.

Une fois douchée je décide donc de partir un peu du côté festival. Problème : il y a des barrières et elles ne seront enlevées qu’à 14h. 4H à attendre c’est très embêtant, surtout quand on est seule. Je n’ai heureusement pas oublié une règle importante du festivalier : faire des courses. Quand on sait qu’il est difficile de s’en tirer pour moins de 5 euros, boisson non comprise, sur le site du festival, on se dit qu’on a plutôt intérêt à faire des provisions avant de s’apercevoir qu’on a dépensé plus pour la nourriture sur place que pour le billet. Je me motive donc à faire les 15/20 minutes de marche jusqu’au supermarché le plus proche.

Courses faites et entreposées dans ma tente, je me pose sur l’un des poufs installés dehors et lis tranquillement avant de me diriger vers l’entrée du festival, où il y a déjà pas mal de monde. A 14h les portes s’ouvrent donc. Nous y allons tranquillement, mais nous pouvons voir les festivaliers non campeurs débouler en courant dans l’enceinte du festival. Sisi.

Sans aller jusqu’à courir, j’accélère quand même le pas pour me rendre à l’exposition phare des Solidays, j’ai nommé Sex in the city. Sex in the city, c’est, comme le nom l’indique, une exposition sur le sexe. Sauf qu’on ne tombe jamais dans le voyeurisme et le graveleux, et c’est là toute sa force. Les différents lieux pour faire l’amour, l’homosexualité, la pornographie, le BDSM, ou encore évidemment les IST/MST sont abordés de façon franche sans être crue. On y apprend ainsi différentes choses sur la sexualité et on en ressort avec des réflexions sur les différents sujets abordés.

Je sors à temps pour assister au théâtre d’impro se déroulant tous les jours au forum café. J’aurais à vrai dire plutôt qualifié cela de théâtre de débat. Les acteurs ne jouent pas après la discussion avec le public, mais passent à une autre saynète. Les thèmes restent dans le ton du festival : séropositivité au travail, protection et partenaires multiples… On passe un bon moment, bien que cela ne soit pas le théâtre d’improvisation que j’avais imaginé. Mais je ne fais là que chipoter sur la sémantique.

Il y a cependant du vrai théâtre d’improvisation sur le stand Île de France. Après une scène sur l’égalité homme/femmes jouée par des apprentis de la région, c’est au tour de la compagnie Entrée de jeu de monter sur la scène. Pour le coup, on est à la fois dans le débat et l’improvisation : le public participe, mais vient surtout jouer ses propositions avec les très bons acteurs. On aborde ici les relations amoureuses, plus spécifiquement à l’adolescence d’après ce que j’ai pu voir : impossible de rester plus longtemps, je ne peux pas rater New Politics.

Je pars souvent du principe que si un public chantonne les chansons interprétées par un groupe même après le concert, c’est que celui-ci a été bon. A en juger du nombre de « yeaaah yeaaah yeeaaaah » que j’ai pu entendre en partant ensuite de la scène, j’en déduis que le concert a été bon.

Je vous parie même tout ce que vous voulez que c’est un groupe qui va fortement cartonner par la suite. Ils ont tout pour. Un chanteur/rappeur charismatique et qui se donne à fond, des chansons accrocheuses, une vraie prestance scénique… Et pourtant, je n’aurais sans doute pas été les voir si le programme des Solidays ne les avaient pas vendus comme les successeurs de Rage against the machine. J’ai à vrai dire beaucoup plus pensé à Weezer qu’à Rage against the machine : les couplets de « Dignity » ressemblent ainsi à s’y méprendre à ceux de « Beverly hills ». On se rapproche plus de la power pop mêlée à du hip hop que du vrai rock fusion à la RATM, mais cela n’enlève rien à la qualité de leur musique. C’est un groupe à suivre de très près.

Après une telle claque, il faut généralement pouvoir se poser afin de repartir ensuite de plus belle (du lourd m’attend plus tard). C’est pourquoi j’ai décidé de faire l’impasse sur Rover qui joue sur la scène Domino pour jeter un œil au set de Danakil sur la grande scène : ça fait toujours plaisir d’avoir un peu de reggae.

Se déclenche ensuite une vraie course contre la montre : Debout sur le zinc joue à 19h sur la scène Bagatelle. J’aime beaucoup ce groupe, et particulièrement la chanson « La déclaration », que je sais être celle qui conclut toujours leurs concerts. Mais il me faut passer au camping, manger et revenir ensuite. 19H50, parée à l’attaque, je commence à sortir de ma tente, et j’entends au loin « Ce soir, on a envie de vous faire une déclaration ». Noooooooooooooooooooooooooooooon. Il ne me reste plus qu’à déclarer forfait et rejoindre @Red et @Prose au concert de Tinariwen.

Les Solidays rendent souvent hommage aux pays du tiers-monde ou orientaux, ce qui permet d’échapper un peu au monopole occidental. Tinariwen se démarque donc des groupes de la journée : c’est en effet un groupe constitué de touaregs, jouant un mélange entre rock, blues et musique traditionnelle afin de parler de la souffrance de leur peuple. Intéressant à entendre, mais je ne peux pas rester très longtemps puisqu’à 20h j’ai mon rendez-vous bi-annuel avec Izia.

Oui, donc, hum, le plaisir de la voir disais-je…..

Ah, Izia… Au bout de la 4ème fois, le plaisir de la voir est toujours là mais les mots commencent à manquer pour décrire ses concerts. Disons qu’une fois de plus, on est pris dans un univers furieusement rock, mené une jeune fille qui ne se prend pas la tête et n’hésite pas à lancer des déclarations d’amour au jeune homme qui s’occupe du saut à l’élastique lors de « Baby ». Et en profite bien sûr pour parler de protection, via la métaphore avec le harnais. On se marre avec ses monologues assez axés sur le sexe, on danse, on chante, on pogote un peu… Bref, on passe un bon moment.

J’ai par contre toujours le même regret : que le premier album passe de plus en plus à la trappe, alors que c’est celui qui rend le mieux en live. Parce que j’ai beau aimer « So much trouble », ça ne passera jamais aussi bien qu’un « Lola » ou « Let me alone ».

Le set finit par contre 5 à 10 minutes plus tard que prévu, ce qui cause un problème. Il y a Skip the Use qui vient de commencer son set sur l’autre scène et c’est blindé. Impossible de voir quoi que ce soit, pas même sur les écrans géants. Les ayant déjà vu l’an passé, j’attends d’entendre « Give me your life » avant d’abandonner l’affaire au profit des autres scènes.

Je tombe alors sur un groupe que je connaissais de nom et que je n’avais jamais pris la peine d’écouter auparavant : Success. Je regrette vraiment de ne m’y être jamais intéressée. Très bon mélange de rock et d’électro, ambiance excellente, chansons imparables… La révélation de la journée, ex aequo avec New Politics.

Mais comme souvent, je n’ai pas le temps de rester jusqu’au bout, et pour cause : il y a Zebda à 22h sur la scène centrale. Ça serait dommage de manquer leur grand retour aux Solidays. D’autant plus qu’ils délivrent un très bon show, fait d’une heure de tubes repris en chœur par la foule déjà acquise à leur cause. Tout y passe : « Le bruit et l’odeur » (en réponse à une déclaration de Jacques Chirac sur les HLM), « Tomber la chemise », et « Motivé » pour bien conclure le set. Je ne connaissais pas bien Zebda mais là encore, j’ai eu envie d’en écouter plus. Au final, même sans véritablement connaître le groupe, on s’éclate quand même.

Après une petite heure de pause, l’hommage aux festivaliers commence sur la scène Bagatelle. L’occasion pour le président de Solidarité Sida de reparler du concert Rock the world et d’annoncer qu’il y aura des concerts toute la journée dans Paris à cette occasion. Avant de laisser la place à la tête d’affiche de la journée : Shaka Ponk.

Une seule remarque cependant : ils sont prévus à minuit, pour une fin à une heure du matin. Sauf que c’est un groupe qui commence à devenir très connu, qui draine donc pas mal de monde. Mais tout le monde n’a pas un pass camping et l’hippodrome de Longchamp est excentré : il est donc dur d’aller voir Shaka Ponk lorsqu’on a un métro et/ou un RER à attraper.

Bonjour madame.

Le plus gros du public est quand même au rendez-vous pour applaudir l’un des meilleurs représentants de la French Touch (Puta madre, oui). Pas de changements majeurs à signaler dans le set en un an : on commence toujours par « Shiza Radio », une chanson très forte à l’énergie punk. Et on navigue entre les différents albums, avec les habituelles animations cyber-punk en fond de scène, différentes à chaque chanson.

L’ambiance est elle aussi toujours là : pas de temps morts, tant côté scène que côté public, avec un chanteur qui se donne à fond et se fend bien sûr d’un discours pour la cause, appelant ensuite à crier « Fuck you mister Sid ». La voix était cependant moins là pour la chanteuse Samaha : on la sentait bien en peine sur « Sex ball ».

Les changements s’effectuent plutôt à la fin de la setlist, avec l’ajout du hit « My name is stain » et de « Palabra mi amor » (sans la présence de Bertrand Cantat, hélas). Et comme si cela ne suffisait pas de nous expédier de pures bombes depuis une heure, ils nous laissent sur « French touch puta madre », afin de faire danser et crier le public un bon coup avant de tirer leur révérence. Jusqu’à l’an prochain ? Cela ne ferait que la 4ème fois d’affilée…

Je finis donc cette seconde journée comme je l’ai commencée : en sueur. Pas de douche cette fois (elles sont de toute façon fermées la nuit), je regagne directement ma tente, n’ayant pas l’énergie de tenir jusqu’à 4h pour voir Kavinsky. L’histoire ne dit pas si j’ai rêvé de Samaha se trémoussant sur « Sex ball ».

Concerts | 09.07.2012 - 12 h 59 | 2 COMMENTAIRES
Solidays, jour 1

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Comme l’année dernière, j’ai pu bénéficier grâce à Yagg d’un pass presse 3 jours pour les Solidays, avec cette fois ci un pass camping en prime (grâce à @Red et @Prose qui ont pu m’en acheter un lors de l’ouverture du festival, où ils en ont remis en vente). Comme l’année dernière, donc, c’est parti pour débriefer ces trois jours à l’hippodrome de Longchamp, à enchaîner les concerts pour la bonne cause.

 J’ai appris avec étonnement que cela avait été difficile cette année pour les organisateurs, ayant subi une baisse de subventions de 12 000 euros. Pourtant, cette année encore, les Solidays étaient le meilleur festival question qualité/prix, avec une programmation sympathique (quoiqu’un peu effet « rediffusions ») à un tarif abordable, les prix allant de 39 euros les 3 jours au début de la vente jusqu’a 59 à la fin. C’est donc une occasion en or de voir de bons concerts sans trop se ruiner, et c’est bien rare de nos jours (rappelez-vous bien qu’en 2/3 concerts, vous avez déjà rentabilisé votre pass 3 jours). Et les festivaliers ne s’y sont pas trompés, puisqu’ils ont été près de 162 000 ce week-end, rentabilisant ainsi le festival et faisant de l’édition 2012 la deuxième ou troisième plus fréquentée. Comme quoi, face à la crise, la musique et la solidarité restent intactes !

Pour ma part, les Solidays ont hélàs débuté avec un gros point noir : j’ai en effet loupé mon chouchou, c’est à dire Ben Howard. Celui ci passait à 20h, j’étais au métro porte maillot à 19h (impossible de faire autrement, étant donné que je travaillais la journée et qu’il me fallait passer chez moi pour prendre mes affaires de camping). Or, les navettes étaient assez peu nombreuses face à l’afflux de festivaliers : une demi-heure d’attente, conjuguée à un bon quart d’heure de route pour atteindre l’hippodrome de Longchamp, puis la marche jusqu’à l’entrée camping : j’y étais donc vers 20h. Le temps de faire la queue pour le camping puis d’être placée, il était près de 20h45.

 

Déjà, deux remarques : d’une, la différence entre les Solidays et le Sziget question camping. Les Solidays sont en effet plus cadrées, ce qui amène autant d’inconvenients que d’avantages. D’une part, c’est quand même plus pratique de se faire placer que de lutter à trouver une place, surtout que le camping est bien agencé, avec de longues lignes et deux zones différentes (zen et zap). D’autre part, c’est très embêtant quand vos amis sont arrivés plus tôt : les places aux alentours sont déjà prises, donc vous ne vous retrouvez pas dans le même coin qu’eux (même si le camping n’est pas excessivement grand).
Deuxième remarque : Ben Howard commence à être en vogue en ce moment, et il est inscrit dans les coups de coeur du festival. Qu’il passe en début de soirée, d’accord, ca peut se comprendre. Mais pourquoi le faire jouer au Domino, alias la pire scène (petit chapiteau, sans écrans géants, souvent blindé), en sachant donc que pas mal de monde viendra le voir (même si certes, il y a un autre Ben populaire en face, c’est à dire Bénabar) ? Il aurait sans doute été plus judicieux de le faire jouer au Dôme, le public aurait au moins pu suivre le concert sur écran géant. Mais bon, dans tous les cas je l’ai raté. Sachez cependant que j’ai pu le voir le week end suivant au Main Square Festival d’Arras, et que c’est clairement un très bon artiste en live. Je vous en reparlerai certainement plus tard.

 

Le temps de récupérer mon pass presse, et c’est au son d’Orelsan que j’entre pour de bon sur le site du festival. Parce qu’après tout, « j’suis d’retour avec ma sous-culture, ouais, sauf que c’est nous l’futur ».
Une bière à 4 euros à la main, je me détends donc devant le rappeur controversé que j’ai maintes fois défendu, que ce soit sur ce blog à l’époque de « Suicide social » ou auprès d’amis ne connaissant que « Sale pute ».

Comme au festival Chorus, c’est un show rondement bien mené que propose Orelsan, avec de nombreuses transitions et des morceaux imparables : « Mauvaise idée » avec le rajout « Faire l’amour sans se protéger ? Mauvaise idée ! » (de très nombreux artistes feront référence à la cause durant ces trois jours), le hit « La terre est ronde », ainsi que le « triptyque » « Pour le pire » (en nous racontant qu’il a rencontré sa copine aux Solidays… Ceci dit il a aussi raconté l’avoir rencontrée à la Défense, donc je ne sais plus quoi croire), « Double vie » et « Finir mal ». Bien sûr, ses potes Skread, Ablaye et Gringe sont toujours de la partie, ce dernier interpretant avec lui leur duo (et nouveau single), « Ils sont cools ».
Au bout de deux concerts d’Orelsan, j’ai en tout cas toujours la même sensation en entendant « Suicide social » et en reprenant les paroles avec lui : un profond sentiment de malaise. La chanson est encore plus frappante en live que sur CD : la lumière, tout d’abord, n’éclaire pas directement le visage d’Orelsan. C’est une lumière sombre et diffuse, assez inquiétante. Rien que cela crée une certaine atmosphère, destabilisante comparée au reste du concert. Et renforcée par l’interpretation : sa voix se brise encore plus, la folie et la haine du personnage sont encore plus palpables. J’ai été incapable de réciter les paroles jusqu’au bout, tant je sentais ma voix se briser et ma gorge se serrer. Et c’est sur le coup de feu final que le concert se termine, nous laissant pantois.

Pour me remettre de mes émotions, je me dirige donc vers la scène centrale (dite Paris) pour voir la belge Selah Sue. Autant dire que je ne connaissais d’elle que le strict minimum, mais le concert m’a clairement donné envie d’en écouter plus. Je me suis surprise à chantonner sur « Raggamuffin » et à véritablement apprécier les titres de son premier album comme ceux du prochain à paraître.

La fatigue commencant à se faire sentir et les groupes suivants ne m’enthousiasmant guère, je pars ensuite me reposer dans ma tente avec Metronomy en fond sonore. Avant de revenir tout d’abord pour Birdy Nam Nam sur la scène centrale, mais l’electro n’étant pas ma tasse de thé, je décide un repli stratégique vers Sinsemilia. Groupe que je connais peu également, mais qu’il est appréciable de voir en concert : groupe engagé et engageant, nous gratifiant de leur version de « La mauvaise réputation » de Brassens et finissant sur le hit repris en choeur par la foule, « Tout le bonheur du monde ».

 

C’est ensuite l’occasion de tester la nouvelle version du Forum café (bien plus grand, et avec une architecture hélàs moins originale que l’an dernier), qui accueille cette année des concerts… De didgeridoo ! Cet instrument traditionnel est cependant utilisé à des fins rock, pour donner un mélange sympathique et entraînant, mais assez répétitif au final. La fatigue faisant à nouveau son apparition, @Prose, @Red et moi-même décidons donc d’aller nous coucher vers 2h du matin, faisant alors l’impasse sur la We are the 90’s, bande dont fait par exemple partie la dessinatrice Pénélope Jolicoeur (de son vrai nom Bagieux), qui vise à faire danser le public sur des titres des années 90, que ce soit rock, electro, rap… Une bonne initiative que j’ai donc loupée, mais je me rattraperai lors d’un de leurs bals à la machine du moulin rouge.

J’ai déjà campé en festival, ainsi je m’en veux d’avoir oublié la règle numéro 1 : avoir des boules quies. Et encore plus s’il y a un groupe de techno qui passe sur la scène centrale jusqu’à 3h30. C’est donc une fois le concert fini que je parviens enfin à m’endormir presque paisiblement après une soirée finalement assez courte. Celle du lendemain sera cependant bien plus chargée, et me laissera un peu plus l’occasion d’explorer le festival et le camping. Je vous raconterai donc tout cela lors du prochain post !

 

Réflexions sur la culture | 21.04.2012 - 22 h 22 | 4 COMMENTAIRES
Disquaire Day : le disque a-t-il encore une importance ?

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Je vous en parlais dans mon post hebdomadaire sur Born another way, aujourd’hui c’était le Disquaire day. Qu’est-ce donc que ce truc ?
A la base, il y a le Record Store Day, créé en 2007 aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, par les disquaires indépendants, refusant de voir la musique devenir un bien de consommation comme un autre, délivré par de grandes chaînes de distribution écrasant le reste. En France, on y a aussi pensé, en créant en 2002 le CALIF (Club Action des Labels Indépendants Français), soutenu par le ministère de la culture. Le CALIF a ainsi « récupéré » le Record Store Day en 2011, pour en faire sa version française, le Disquaire Day.

 

Bon. Le point historico-chiant est donc fait, réflechissons-y un peu mieux à présent. En quelques lignes, un bon paquet de questions se pose déjà.

Regardons déjà la date : c’est quand même quelque chose de super récent. Pourtant, les labels indépendants et disquaires, il n’y en a plus des masses de nos jours. Déjà que le disque se meurt, alors le disque dans les circuits indépendants, n’en parlons pas. D’ailleurs on va pas en parler et on va finir l’article là, bisous. (oh ça va, je déconne)

 

Déjà, à travers le disque se pose la question d’une certaine dégradation de l’art. Reproduire l’art et le commercialiser, n’est-ce pas le dénaturer ? Finalement, on en fait une marchandise comme une autre, quelque soit le circuit de distribution. Justement, l’un des critères de l’œuvre d’art selon Hannah Arendt, c’est qu’elle est unique : or on fait des milliers de copies d’un même CD. Pourtant, la musique, ça devrait être uniquement ce qu’il se passe directement entre l’artiste et son public, et pas par l’intermédiaire d’une chose aussi matérielle qu’un disque.

Alors bien sûr, c’est bien joli ces théories sociologiques, mais dans le fond, le disque n’est pas nécessairement une détérioration de l’œuvre d’art. Le disque, c’est aussi une manière de faire de la démocratisation culturelle : on rend accessible, moyennant finances bien sûr, la musique à ceux qui ne peuvent pas forcément se déplacer pour y avoir accès. Évidemment, on a modifié les bases de la musique en permettant de la diffuser si facilement, mais je ne pense pas que cela n’ait que des inconvénients.

 

Au départ, donc, était le disque : le vinyle, puis le CD. Le passage a ce dernier a encore plus amené une marchandisation de la musique, avec tout ce que cela comporte : productions en masse, standardisation (ça ne vous arrive jamais de voir de superbes pochettes de vinyle ultra recherchées et de pleurer en regardant ensuite vos CD ?), récupération par les réseaux de grande distribution… Bref, la musique a été intégrée dans le système capitaliste. Et plus le capitalisme s’emparait de la musique, plus l’importance des disquaires indépendants descendait. Le site du Disquaire Day avance une disparition de 90% des magasins indépendants en moins de 20 ans. Oui, ça fait mal. Et c’est pourtant la triste réalité.

 

Allez, un petit schéma du fonctionnement de l'industrie musicale.

Ceci dit, je ne vous apprendrai rien en vous disant que l’industrie musicale (et j’insiste bien dessus : on parle bien d’industrie!) connaît la crise. Le téléchargement, le piratage est arrivé : les gens achètent de moins en moins de CD, téléchargent très souvent illégalement… Déjà que les disquaires indépendants étaient dans une piètre position avant, cela n’arrange pas véritablement la chose.

Bon, je vous dis ça, mais je ne suis pas un ange, j’en ai conscience. Moi aussi je télécharge, et beaucoup. Mais je pense que le téléchargement a lui aussi des bienfaits.

Déjà, réfléchissons un peu : l’industrie est en crise. Pour ne pas être en gros déficit, il faut produire des choses qui rapportent. On ne prend plus véritablement de risques : on veut être sûr de vendre, ça doit plaire au public. Vous voyez le problème qui se pose ? On en revient à la notion de culture imposée et légitime.
Je m’explique : on préférera généralement produire et distribuer de la pop que, mettons, du punk-rock ou du rock indépendant (ah tiens, indépendant…). Ça vend beaucoup moins, c’est plus risqué.
Alors oui, vous allez me dire qu’il est possible de trouver par exemple Mumford and sons à la fnac (et encore, vraiment pas toutes) : mais pour un album de Mumford and sons, combien d’albums de Lady Gaga ?
Après, oui, il y a donc ces distributeurs indépendants. Mais ils sont de plus en plus durs à trouver, hélas. Donc je me base surtout sur les grandes chaînes de distribution qui prédominent aujourd’hui.

 

Pour la peine, je mets du Mumford and sons dans le post.

De ce fait, lorsqu’on est passionné de musiques pas véritablement exploitées par les distributeurs, on a pas le choix : on télécharge. Le téléchargement est alors, lui aussi, un moyen de démocratisation culturelle : on a enfin accès à tout. Et il n’y a pas de mec dans son bureau pour dire « ah non, ça se vendra pas ça, on va pas le distribuer ». Pareil pour la production : tous ceux dont les producteurs n’ont pas voulu vont surfer sur la vague du téléchargement.

Il me faudrait cependant faire une distinction entre téléchargement légal et illégal : pour les groupes dont je parlais, ils choisissent généralement le téléchargement légal pour diffuser leur musique, ou le procédé de plus en plus rependu du crowdfunding.
Le crowdfunding, ou finance participative, c’est le fait que chaque personne peut aider à produire un artiste : elle lui donne ce qu’elle veut, et reçoit généralement une récompense, sur le modèle du don/contredon. Cela peut aller d’une version digitale ou physique de l’album à un dîner avec l’artiste. L’important, c’est que le public donne, pour recevoir quelque chose en retour, lui donnant la sensation d’avoir pris part à un projet musical.
En France, c’est apparu avec la bien connue My major company (qui a certes révélé Grégoire, mais surtout Irma), et d’autres sites ont suivi, comme Kiss kiss bank bank, qui a permis au folkeux nordiste Greenshape d’enregistrer son très bon premier album. C’est donc une façon d’utiliser d’autres circuits pour parvenir à ses fins. D’ailleurs ce n’est plus exclusivement réservé à l’enregistrement d’album, et plus exclusivement réservé à la musique non plus.

Bon, une fois ceci dit, repassons au téléchargement purement illégal. Donc, il n’a pas que des méfaits. Évidemment, j’entends à peu près tout le temps « Mais t’es fan de musique, pourquoi tu télécharges illégalement ? ». J’ai plusieurs réponses à cela.

Il y a aussi des raisons de ne pas télécharger.

 
La première réponse est dans la question : je suis fan de musique. Par conséquent, j’aime découvrir de nouveaux groupes. Sauf que le téléchargement légal, l’achat, tout ça, c’est bien beau, mais c’est excessivement dur lorsqu’on a absolument pas de ressources illimitées pour satisfaire toutes nos envies, qui, elles, sont bien illimitées. Alors oui, je télécharge : mais c’est pour étancher ma soif de connaissance. J’ai bien conscience que ce n’est pas véritablement une bonne raison. Mais on m’offre la possibilité d’ouvrir toujours plus mes horizons musicaux, pourquoi la déclinerais-je ? Et puis, le téléchargement n’est donc qu’une façon de découvrir : ce qui m’amène à ma deuxième réponse.
En effet, j’arrive à dormir tranquille la nuit puisque lorsque j’aime véritablement un groupe, je les encourage : j’achète les albums, des produits dérivés, je vais aux concerts…
Ce qui donne aussi la troisième réponse : je pense que le ministère de la culture se trompe d’objectif. Je ne pense pas que la priorité doit être donnée à la protection d’une industrie musicale défaillante. Les gens trouveront toujours un moyen de télécharger, c’est triste mais c’est la vérité. Non, là où il faut agir, c’est au niveau du spectacle vivant. Je dirais même qu’il faut changer de façon de penser. Il faut arrêter de calculer la rentabilité d’un concert en fonction de la rentabilité des disques : un groupe peut avoir une fanbase assez solide, en tout cas assez pour remplir une salle de moyenne ou faible capacité, tout en vendant très peu de disques en France. Sa popularité ne se bâtit pas/plus sur la vente de disques, mais sur le réseau, le bouche à oreilles… On peut payer pour voir un artiste sans avoir au préalable payé pour son album.

 

Et l’industrie musicale peut mourir (je ne dis pas que ce sera le cas, mais j’y reviendrai plus tard), la prestation scénique ne mourra, elle, jamais. C’est la fonction première de la musique, comme je l’ai dit précédemment. Et puis, on peut télécharger un album, mais on ne peut pas télécharger une émotion. Et on aura beau essayer de faire des DVD live, on ne pourra jamais la reproduire non plus. Ce qui compte, c’est ce qu’il se passe à un instant t entre l’artiste et le public. C’est certes éphémère alors que le CD a une très grande durée de vie, mais c’est pourtant là que la musique que l’on entend sur CD prend tout son sens.
C’est pour cela que je défendrai toujours le spectacle vivant, et que pour moi, au lieu de perdre de l’argent avec Hadopi et les autres mesures du même genre, le ministère de la culture devrait augmenter les subventions accordées au spectacle vivant. Bien sûr, je n’ai pas la science infuse et je ne suis qu’une simple passionnée de musique (qui se trouve vouloir bosser dans le spectacle vivant plus tard, certes), mais je considère que cela devrait être la priorité du ministère. Les revenus des groupes ne se basent de toute façon plus sur la vente de disques, mais sur celle des billets de concerts. Donc autant leur permettre de se produire.

 

Comme vous pouvez le voir, la part des live dans les recettes est en augmentation et est bien plus profitable aux artistes.

Spectacle vivant et téléchargement illégal sont donc liés : une personne entend parler d’un groupe sur internet (très très gros facteur de démocratisation culturelle, je le répète, voire de démocratie culturelle puisqu’on trouve de tout). Elle télécharge donc pour se faire un avis, il s’avère qu’elle aime bien. Et s’il existe quelqu’un d’assez avisé pour booker ce groupe près de là où habite la personne (donc en considérant que la fanbase est suffisante et en bénéficiant de subventions, voire de mécénat), il n’est pas idiot de penser que la personne payera peut-être pour aller à ce concert, même si elle n’a pas payé pour l’album. Par contre, si le téléchargement illégal est interdit d’une façon ou d’une autre, on peut imaginer un nouveau cas de figure : elle entendra parler de ce groupe sur internet, et n’ira pas forcément payer pour écouter. Elle passera donc à côté de quelque chose qu’elle aurait pu aimer au point d’aller les voir en concert. Au final, en voulant protéger le disque et tout ce qui va autour, on peut se priver des recettes amenées par la prestation scénique.

Le truc, c’est que malgré tout ce que j’ai pu vous dire, je ressens encore un attachement au disque. Donc je ne suis absolument pas opposée à cette idée de Disquaire Day. Mon entourage se sépare en fait presque entre deux catégories : celle précédemment énoncée, qui ne comprend pas pourquoi je télécharge, et celle qui me réplique que le téléchargement existe lorsque je parle d’acheter un CD.

Le CD, c’est quelque chose qui relève de l’affectueux pour moi, du symbolique. Et là on entre beaucoup plus dans le personnel, après tout chacun a son propre rapport à la musique et à ses différents supports. Moi, je repense à mon père qui a un jour sorti ses anciens vinyles et me les a tous décrits. Ainsi, à chaque fois que j’achète un CD, je me projette dans le futur. J’ignore totalement si un jour j’aurais des enfants à qui leur décrire tout ça. Mais je me dis que chaque album révèle plus ou moins ce que j’ai été, ce que j’ai vécu, à un instant t de ma vie. C’est quelque chose de bien plus intime et personnel qu’un fichier .mp3 sur mon PC. C’est une représentation des différentes périodes de ma vie, je complète ainsi ma discothèque au fur et à mesure que je complète ma vie, si l’on puis dire.

Ainsi, j’ai beau télécharger, je me considère malgré tout comme aussi une amoureuse du disque, pour tout ce qu’il représente. Ce n’est pas qu’un support, c’est une représentation d’une histoire personnelle qui accompagne l’achat et une façon de témoigner son attachement au groupe.

 

Parfois le disque est aussi objet de collection, il est plus recherché qu’un simple boîtier, une pochette et un CD. Les groupes peuvent se casser la tête à proposer des choses originales avec : des packagings intéressants, des bonus divers et variés… Par exemple, Angels and Airwaves a fait différents packages pour le double album Love : on pouvait acheter avec un t-shirt, le DVD du film Love, le comic-book de Love… Cela surpasse donc la musique pour créer un univers identifiable. On n’achète pas qu’un support sur lequel les morceaux sont contenus, mais bien un ensemble qui forme une certaine cohésion vis-à-vis de l’esprit de l’œuvre.

Et l’objet peut aussi simplement se transformer en une sorte d’œuvre d’art, qu’on peut acheter dans un but esthétique. On se rapproche donc à nouveau du lien assez fort avec l’identité visuelle et graphique.

 

Enfin, j’ai beau parler des CD, vous aurez aussi noté le retour des vinyles. Mais là aussi on repart dans une visée assez affective et personnelle : tenez, il y a pas longtemps, j’ai acheté l’album « Ocean avenue » de Yellowcard en vinyle. J’aurais pu le télécharger, ou l’acheter en CD, mais j’ai préféré le vinyle, même si ce n’est absolument pas un groupe « de l’époque ». Mais la qualité sonore y est très bonne et ça me plaît vraiment de l’écouter sur ma platine. Je pourrais pas vous l’expliquer vraiment. Mais je sais qu’on est pas mal dans ce cas, à aimer le son des vinyles et tout ce qu’ils représentent. Le côté rétro, l’histoire que l’on a pas forcément vécue…

 

Vous l’aurez compris, je suis extrêmement partagée sur toutes ces questions. Je suis la première à défendre le téléchargement illégal, mais en même temps, je n’aimerais pas voir une fin définitive du disque, ne serait-ce que pour son aspect symbolique qu’il serait dommage de perdre. Mais je ne pense pas qu’il y aura de vraie disparition de l’industrie, parce qu’il restera toujours des personnes comme moi, prêtes à acheter des CD. Et qu’il y aura toujours des événements comme le Disquaire Day pour nous le rappeler.

Yeah man.

Le CD est-il donc mort ? Je ne pense pas. Je prends le pari qu’il existera toujours des versions physiques d’albums. Sans doute moins qu’avant, c’est sûr puisque l’on produit que lorsqu’on sait que cela va rapporter, mais ça existera toujours. N’enterrons pas si vite le disque.

Réflexions sur la culture | 07.04.2012 - 20 h 43 | 3 COMMENTAIRES
La culture LGBT et la démocratie culturelle

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Dans le précédent article, nous avons défini le concept clé de démocratie culturelle, maintenant il faut bien sûr mettre cela en pratique, pour voir comment elle peut se mettre en place, et même, comment une culture peut se mettre en place. Prenons un exemple totalement au hasard : la culture LGBT.

En effet, si l’on regarde en pratique, malgré les avancées de la démocratie culturelle, il est encore difficile de faire comprendre que la culture LGBT est une des très nombreuses composantes de la Culture Française. Si nous considérons que le sport fait partie de la Culture, alors le récent refus dagrément de la FSGL peut en être un exemple. Mais il y en a hélas bien d’autres : polémique sur “Le baiser de la Lune”, méconnaissance des problématiques LGBT…

Évidemment, en disant cela, je reconnais que pour moi, il existe une culture LGBT. Tout le monde ne sera pas forcément d’accord avec moi, j’en ai conscience. Mais après tout, la culture ce n’est rien de plus (ou de moins) qu’un ensemble de pratiques et de valeurs communs entre différentes personnes.
Cette culture, on peut l’avoir plus ou moins incorporée : ce n’est pas parce qu’on est gay qu’on va forcément connaître tous les bars gays, groupes gays ou que l’on va participer à la Gay Pride. On peut être gay et n’avoir absolument aucune socialisation « dans le milieu », on peut avoir eu une socialisation mais s’en être détaché… Mais on ne peut pas nier qu’il existe des éléments communs qui peuvent permettre de former une culture LGBT.

Un des éléments de la culture LGBT.

Bien sûr, en partant du postulat qu’il existe une culture LGBT, peut-on ainsi en déduire qu’il existe une culture hétérosexuelle ?

 Selon beaucoup de sociologues, la société se construit sur des dynamiques de domination, plus ou moins conscientes, plus ou moins visibles, mais qui existent malgré tout en chacun de nous. Pour Marx, il y a la domination plutôt matérielle qui s’exerce dans la division du travail, entre capitalistes et prolétaires, pour Bourdieu il y a une domination masculine…
A partir de là, pourquoi ne pas supposer qu’il existe une relation de domination hétérosexuel/LGBT, puisque la société est quand même très hétéro-normée ? Ainsi, la culture LGBT se construirait par opposition à la culture dite “hétérosexuelle”, dominante. Quel intérêt sinon de se constituer en culture, ou mouvement social, s’il n’y a personne contre qui s’opposer ? (c’est l’une des règles du mouvement social selon le sociologue Michel Crozier)

Trembleeeeez, Boutin et autres Vanneste !

Ce n’est bien sûr pas quelque chose de véritablement conscient, d’un côté comme de l’autre. Je ne fais absolument aucune crise de paranoïa du style “les hétéros nous oppressent” (ceci dit, certains font des crises de paranoïa à propos d’un certain lobby gay, qui lui n’existe pas). Je n’insisterai jamais assez dessus. C’est simplement un fait. Quand on part toujours du postulat d’une fille ou un garçon sont hétérosexuels, c’est qu’il y a domination hétérosexuelle, on affirme sa position comme étant la dominante. Quantitativement parlant, elle l’est en effet. Qualitativement, ou en pratique, elle ne devrait pas l’être. Il ne devrait pas y avoir de séparation culturelle, simplement une mixité pour former une seule et unique culture, formée d’homosexuel(le)s, bisexuel(le)s, hétérosexuel(le)s, transsexuel(le)s et autres queers, et où la culture personnelle de chaque groupe social serait représentée (ça devrait aussi être le cas pour d’autres sous-cultures, bien sûr).

Si on regarde bien, la culture générale inclut en effet assez peu l’histoire des mouvements LGBT. Mais si je me mettais à parler vraiment du problème de définition de la culture générale, cet article ferait des pages et des pages. J’en parlerai peut-être un jour, en attendant je ne peux que vous rediriger vers l’excellent ouvrage “Liliane est au lycée : est-il indispensable d’être cultivé ?”, de Normand Baillargeon.

Mais il y a quelque chose de très intéressant avec cette thèse de la domination hétérosexuelle et de la culture LGBT en tant que contre-culture. C’est que ce n’est pas la seule culture à s’être construite comme ça.
Et là, c’est le moment où je me métamorphose en Julien Lepers pour tenter de rendre l’article plus attractif : top, je suis une musique qui s’est bâtie en tant que musique contestataire à forte portée sociale, j’ai longtemps été considérée comme une musique de marginaux avant d’avoir été reconnue et légitimée par Jack Lang, je tiens aujourd’hui une place assez importante dans la sphère musicale, je suis ?

Si vous avez bien lu le début de mon post, vous répondrez donc le rock (ceci dit, le hip-hop ou le jazz sont aussi des réponses acceptables). Le rock a aujourd’hui pas mal été récupéré par les dominants, et peu à peu intégré dans la Culture, à différents niveaux (le métal, bien qu’en soi dérivé du rock, a toujours du mal à passer, vous en conviendrez). Mais avant tout cela, à sa naissance, c’était quelque chose d’extrêmement marginal. Les spectateurs d’un des premiers concerts de Johnny Halliday ont ainsi été qualifiés d’animaux par certains journalistes. Aujourd’hui, c’est une évocation qui fait plutôt rire.

Ainsi, la démocratie culturelle est un processus assez lent, certes, mais je ne doute pas que cela finira par aboutir un jour ou l’autre par une reconnaissance de la culture LGBT comme une partie de la Culture.

Oui, j'ai parlé de Gossip que pour mettre une photo d'Hannah Billie.

D’ailleurs, cela a déjà commencé, bien sûr : déjà par la « récupération » de certains éléments de la culture LGBT (les hétéros dans les bars gays, ou encore le groupe The Gossip, qui quoiqu’encore très engagé, fait partie à présent d’une culture plus globale), mais aussi par des actes répondant de la démocratie culturelle. J’évoquais dans l’article précédent le combat pour les radios libres. Dans les années 80, des radios clandestines ont peu à peu obtenu le droit d’être diffusées sur les ondes radios. Parmi elles, Fréquence Gaie, en 1982. Elle n’a certes plus grand chose de LGBT aujourd’hui, mais quand même, pour l’époque c’était assez fort ! Mais c’est aussi le cas aujourd’hui à la télévision, avec d’une part Pink TV, mais surtout TVous la diversité comme chaîne de la TNT: il n’y aura certes pas que les thématiques LGBT, mais nous pouvons malgré tout espérer une représentation de celles-ci.

Trembleeeez, chaînes de la TNT.

En tout cas, cet acte de légitimité culturelle doit s’accompagner d’un changement au niveau juridique : l’ouverture au mariage et à l’adoption auront un rôle à jouer dans tout cela. Cette acculturation ne peut en effet se faire que dans un cadre d’égalité. Quel intérêt de reconnaître une culture LGBT si c’est pour ne pas lui accorder les mêmes droits que les autres ? Ou bien une même absence de droits : on reconnaît bien qu’il existe plusieurs religions en France et on commence aussi peu à peu à accepter qu’elles forment la Culture Française, tout en préservant le principe de laïcité. Mais vu que je doute fortement que le mariage “hétérosexuel” sera abrogé un jour, je penche plutôt pour la première possibilité.

La culture LGBT fait donc partie de cette volonté de démocratie culturelle, elle suit un processus de légitimation comme pas mal d’autres cultures l’ont fait avant elle et comme d’autres le font aussi actuellement. A ceci près que la culture est cette fois-ci en lien étroit avec le droit. C’est donc un enjeu et une symbolique assez forts.

Évidemment, la question de la différence entre une culture comme celle ci et le communautarisme se pose aussi, lorsqu’on voit certains nous dire « oui, mais vous les homos vous êtes communautaristes ». Le truc, c’est qu’il faut tout d’abord définir la culture et la communauté.
La culture, comme je l’ai dit, c’est un ensemble de normes et valeurs. La communauté va plus loin : c’est un groupe qui adhère à ces normes et valeurs, se reconnaît dans cette même identité… Un peu comme les concepts de classe en soi et classe pour soi : la culture se rapprocherait de la classe en soi, c’est quelque chose de plutôt théorique, qui n’amène pas forcément une action sociale ni rien. La classe pour soi, c’est la communauté : on a conscience de faire partie de cette culture, et on accepte de se définir comme tel. Cela peut mener à des mouvements sociaux : engagement, manifestations…

Personnellement, je considère que j’appartiens à une communauté. Mais je ne suis pas communautariste pour autant. Parce que j’appartiens à beaucoup d’autres communautés, et c’est cela qui forme ma culture personnelle, tout simplement. Je suis homo, oui. Oui, j’appartiens à une communauté homosexuelle. Mais je suis aussi : fan de rock, de gauche, médiatrice culturelle, guitariste, théâtreuse… Et à cet effet, je considère appartenir à chacune des communautés énoncées.

Alors oui, il y a effectivement une communauté LGBT, avec sa spatialité assez définie, mais les membres de cette communauté vivent aussi en dehors de celle-ci. La question du communautarisme n’a de ce fait pas lieu d’être, puisque le communautarisme sous-entend que les membres d’une communauté vivraient uniquement entre eux, en autarcie complète.

Bref, c’était un aparté pour dire « messieurs des deux sexes qui parlent de communautarisme LGBT, foutez-nous la paix ». Et également pour montrer le passage d’une culture à une communauté. Il y aurait encore beaucoup à dire sur tout cela, mais je pense avoir dit l’essentiel.

Au prochain article, je me concentrerai donc plutôt sur les initiatives actuelles allant dans le sens de la démocratie culturelle : l’hybridation entre démocratie et démocratisation culturelle, la construction de nouveaux lieux dédiés à la démocratie culturelle… En étudiant donc de ce fait les différentes propositions faites par les candidats à la présidentielle, puisque cela semble être d’actualité.

Réflexions sur la culture | 01.04.2012 - 21 h 54 | 4 COMMENTAIRES
De la démocratie culturelle : son apparition et principes

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Comme vous le savez déjà si vous avez lu attentivement mon blog, je poursuis actuellement des études de médiation culturelle. J’ai déjà expliqué le principe de la licence dans un article, donc là n’est pas mon propos. Là où je veux en venir, c’est que ce genre d’études permet de se poser un bon nombre de questions vis-à-vis de la culture et de sa gestion. Parmi celles-là apparaît l’une des plus importantes, voire primordiale : comment définir la culture, ou plutôt, comment séparer ce qui fait partie de la culture et ce qui n’en fait pas partie ?
Pour ma part, la notion que je défends le plus est celle de démocratie culturelle.Qu’est-ce donc que ce terme qui fait un peu peur au premier abord ? On vote pour élire une culture dite “légitime” ? (remarquez, je plaisante mais c’est presque ça : pour nombre de sociologues, la culture qui nous apparait comme universelle et générale est celle des dominants, mais nous y reviendrons.)

En 1982 on était foufous : on faisait des jeux de mots nuls, une affiche simpliste, et la fête pendant une demi-heure.

Eh bien, non. La démocratie culturelle, c’est quelque chose qui a surtout pris son sens lorsque Jack Lang était ministre de la Culture, de 1981 à 1993. Qu’a donc fait ce cher Jack Lang durant ses deux mandats ? Beaucoup de choses, qu’il serait bien trop long de dire ici. Mais citons quelques exemples : création de la fête de la musique, doublement du budget du ministère, a contribué au mouvement pour les radios libres, a développé l’enseignement artistique… Mais surtout, une chose très importante et qui marque une rupture avec les politiques culturelles précédentes : il a reconnu comme faisant partie de la culture des choses qui étaient auparavant considérées comme des arts mineures, à légitimité culturelle moyenne ou faible : jazz, rock, hip-hop, bande dessinée, art culinaire… Il élargit donc le champ d’action du ministère et reconnait la pluralité de la culture. Et cela passe donc par un soutien de l’Etat et des collectivités territoriales à ce type de pratiques culturelles : plus tard sera par exemple créé le label SMAC, pour aider à la création et la diffusion des musiques actuelles.

Quel était donc l’objectif des politiques culturelles avant cela ? Cela a été annoncé dès la création du ministère en 1959, par André Malraux. Le décret stipule donc qu’il s’agit “de rendre accessibles les oeuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel, et de favoriser la création des oeuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent”. Cette politique va être nommée démocratisation culturelle. Sauf que comme vous le voyez, elle pose un bon paquet de problèmes.
Qui peut décider quelles sont les oeuvres capitales de l’humanité ? Ce que moi, je vais considérer comme étant une oeuvre capitale de l’humanité ne va pas forcément l’être pour mon voisin, et surtout pour l’Etat. Surtout que comme vous pouvez le constater, je verse essentiellement dans le rock. Pour vous donner un exemple, je pense que le double album Love d’Angels and Airwaves a sa place dans la culture, et dans l’histoire de la musique. Mais ce n’est pas forcément l’avis de tout le monde : c’est ma culture personnelle. La culture « générale » et « légitime » peut être extrêmement élitiste : vous apparaissez comme cultivé si vous possedez, mettons, l’intégrale de Mozart (oui, vous savez, celle qui coute 120 euros : la culture a un prix…). Beaucoup moins si vous possédez le coffret intégral des saisons de Friends. Après tout, comme l’a déclaré Malraux, “la culture n’est pas là pour que les gens s’amusent”.

Voilà donc l’un des problèmes posés par cette démocratisation culturelle : c’est bien trop subjectif, et cela part du haut, l’élite, vers le bas, les Français dits « moyens ». En soi, cela part malgré tout d’une bonne intention, celle de permettre à tous d’accéder à la culture, même si celle-ci reste élitiste et ne laisse pas de place aux “sous-cultures”. Mais cela ne fonctionna pas (et ne fonctionne toujours pas) aussi bien qu’ils le désiraient. Pierre Bourdieu et Alain Darbel démontrèrent ainsi en 1966 qu’il existait une forte corrélation entre le niveau social et la fréquentation des musées. En gros, les musées étaient essentiellement fréquentés par des positions supérieures. D’où l’idée de capital culturel, aussi démontrée par Bourdieu : nous avons tous un capital culturel, plus ou moins important, que nous nous sommes construit par notre famille, notre éducation… Et la famille joue un grand rôle dans cela : si nous n’avons pas été habitués à aller régulièrement au musée, nous avons un capital culturel faible à la base (mais nous pouvons l’améliorer : ne versons pas dans le déterminisme).

Allez, maintenant vous pouvez jouer à vous trouver dans ce diagramme de Bourdieu.

Vous me direz que j’enfonce des portes ouvertes. Ce n’est pas faux. Mais je tenais à clarifier le concept de démocratisation culturelle. Il n’est bien sûr pas du tout incompatible avec celui de démocratie culturelle. Jack Lang n’a pas totalement changé la mission du ministère de la culture, mais il l’a modifié pour y inclure aussi cette idée de démocratie culturelle. Ainsi, le décret du 10 Mai 1982 indique lui que la mission du ministère est de “permettre à tous les Francais de cultiver leur capacité d’inventer et de créer, d’exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix, de préserver le patrimoine culturel national, régional ou de divers groupes sociaux pour le profit commun de la collectivité toute entière, de favoriser la création d’oeuvres de l’art francais dans le libre dialogue des cultures du monde”.

Cette mission n’a pas énormément changé depuis, mis à part un enjeu, et de taille : protéger l’industrie artistique, et essentiellement musicale (avec le succès que l’on connait…). Mais vous avez remarqué le changement ? Il y a une plus grande place faite à l’éducation artistique, et surtout un élargissement de la culture : il n’y a pas un unique patrimoine culturel. On reconnait les cultures régionales (la Bretagne a une culture particulière par exemple : fest noz, festival interceltique de Lorient…), mais aussi celle des groupes sociaux. On peut penser aux musiques ayant une origine sociale assez forte à la base (telles que le rock ou le hip hop), mais pourquoi pas à d’autres cultures qui se retrouvent intégrées à la Culture ? Exemple pris totalement au hasard bien sûr, mais la culture LGBT ferait ainsi partie de la Culture. Pourquoi pas ?

C’est en tout cas la thèse que je soutiendrai dans un prochain article. Maintenant que les concepts importants ont été clarifiés, nous allons pouvoir passer à l’application concrète de ceux-ci. Stay tuned !
Concerts | 28.03.2012 - 18 h 17 | 0 COMMENTAIRES
Astronautalis à Paris : le retour du Trouble Hunter

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Si je devais faire un top cinq de mes meilleures premières parties, toutes années et styles confondus, Astronautalis y figurerait assurément.

Ce n’était pourtant pas gagné à la base : mettre un rappeur en première partie du groupe de folk/rock indie Tegan and Sara ? Et puis quoi encore ?
Mais il se passa quelque chose ce soir-là à l’Alhambra. Ce mec-là, qui ne paye pas de mine, ni sur le papier, ni physiquement, a réussi à emporter la salle quasiment dès le début. La raison de cet engouement est assez simple : qui resterait insensible à quelqu’un qui se donne à 200%, qui va véritablement chercher le public, au sens propre comme au figuré (c’est à dire en venant parfois rapper tout près, le visage à quelques centimètres de celui du spectateur) ? Sur scène, juste un homme, son ordinateur qui diffuse ses instrus, et son énergie dévastatrice. Cela suffit pleinement à faire adhérer le public à ses pépites de hip hop indie. Même des personnes absolument pas fan de sa musique lui ont reconnu une prestance scénique assez grandiose et ont apprécié son set.

Oui, ca surprend un peu au début.

Je me suis donc juré ce soir-là de retourner le voir dès qu’il repasserait. Or, il revint à Paris le 31 Août 2010. Sauf que cela se passa dans un bar, et j’avais à l’époque 16 ans. Impossible donc d’entrer, mais j’avais croisé Astronautalis devant le bar. Après avoir essayé d’intervenir en ma faveur auprès du gérant, il resta un moment pour discuter dehors, faute de pouvoir me faire entrer et profiter plus tard du concert. A l’issue de la conversation, je lui promis donc de revenir si j’étais majeure à son prochain concert parisien.

Nous sommes à présent début Janvier 2012 : j’ai 18 ans et Astronautalis annonce une tournée européenne… Qui passe par Paris ! Il annonce quelques jours après que cela se passera dans le même bar que celui de mon premier essai loupé : l’International.
Je ne sais pas si c’est le genre humain, mais c’est en tout cas un bar/salle qui propose de la musique plutôt axée rock indé/folk/electro pour… rien. Pensez-y si un jour vous avez l’occasion d’y aller, car ce genre de salles ne court hélas plus les rues (la Flèche d’or était à la base en entrée gratuite, malheureusement de nos jours le prix va de 10 à 20 euros pour un concert là-bas).

Et l’avantage avec ce genre de structures, c’est qu’on peut s’arranger assez facilement : il y avait d’autres artistes prévus à la place d’Astronautalis et Bleubird (sa première partie, un rappeur dont il a produit le nouvel album) ? Qu’a cela ne tienne, il y aura simplement 4 artistes au lieu de 2 ce soir-là !
Tout est donc prévu pour passer une bonne soirée (pour pas un rond, rappelons-le). Il n’y a plus qu’à convaincre @Red de venir (ce qui ne fut pas très dur), et c’est parti pour voir ce cher Andy Bothwell. Pas de problème pour entrer cette fois-ci.

Comme dit précedemment, l’international est un bar/salle. Ce qui se traduit concrètement par un bar au rez de chaussée, avec un écran géant pour retransmettre les concerts, qui eux se déroulent au sous-sol (où il y a également un bar, ils sont pas fous). Ce petit espace facilite donc la proximité avec les artistes et rend le concert assez intimiste.

Grosso modo, le sous-sol ressemble à ca.

Pour faire un point plus théorique, je n’ai pas fait de recherches approfondies, mais je pense que le bar a été déclaré en SARL (Société Anonyme à Responsabilités Limitées, en gros une entreprise) et le lieu de concert en tant que tel en statut associatif. Pour faire simple (et ne pas vous perdre en explications du droit de la culture dans lequel je suis de toute facon loin d’être experte), ils peuvent éventuellement toucher des subventions (par exemple en tant que SMAC (Salle de Musiques ACtuelles), même si ce n’est apparemment pas le cas), tout en proposant des consommations à un tarif abordable (les lieux sous statut associatif n’ont généralement pas le droit de faire concurrence à une entreprise : si la salle comporte un bar, il vaut donc mieux le mettre en SARL).

Revenons à ce qui nous intéresse en premier lieu, c’est à dire le concert.
4 artistes prévus pour la soirée censée débuter à 19h. Pourtant, lorsque nous arrivons vers 21h, le deuxième concert n’a même pas encore commencé. Il faut avouer que c’est plutôt embêtant, la soirée devant se finir vers minuit et demie et le dernier RER étant à une heure moins dix. C’est aussi le risque avec ce genre de salles : ils sont moins flexibles sur les horaires, soumis à une limitation moins stricte (vous vous souvenez de la flèche d’or et de ses retards dont j’ai déjà parlé ?).

Le temps d’aller chercher une bière au bar et de se placer dans la salle déjà pas mal remplie, le deuxième concert de la soirée commence. Une belge qui fait une sorte de folk onirique, mais dont le physique est plus convaincant que la musique. Celle-ci ne me marque pas vraiment, mis à part une présence assez importante du violon (joué généralement en pizzicato). Ceci dit, l’ambiance et le public ne s’y prêtaient pas : cela serait peut-être mieux passé dans une salle plus sombre, avec de bons effets de lumière… Mais là, même si ce n’est pas désagréable, il est assez difficile d’entrer dans son univers.
A la fin de son concert, il y a déjà environ une demi heure de retard sur l’horaire prévu. Je prie donc intérieurement pour que les techniciens se dépêchent de brancher le matériel de Bleubird, qui ne devrait pas être bien conséquent étant donné que lui aussi se produit seul avec son ordinateur.

Pendant que les techniciens s’occupent des câbles jack et pédales d’effets, Red m’envoie chercher les bières. Au bar, je vois quelqu’un qui me semble familier. Grand blond, cheveux courts, barbe de 3 jours… Il ressemble quand même énormément à Astronautalis. J’attends de l’entendre parler à la barmaid. Il parle en anglais, avec un accent américain… Une fois de plus, je viens de croiser Astronautalis par hasard avant le concert. Quand je vous dis que ce genre de salles permet une grande proximité (surtout que pendant ce temps là, Red a réussi à se faufiler au premier rang, qui est très près de la scène)…
Je discute donc un peu avec lui (et oui, j’ai serré la main d’Astronautalis. Jalousez-moi.), il semble se souvenir de ma mésaventure et est content que j’aie pu venir cette fois. Ca tombe bien, je le suis aussi. Je lui fais cependant remarquer que la salle a pris du retard. Il me répond qu’ils vont monter sur scène dans quelques minutes. « Ils » ? Ce n’est pas Bleubird tout seul d’abord ?
Eh bien non. Quand on parle de tournée Astronautalis et Bleubird, c’est bien Astronautalis ET Bleubird. C’est à dire qu’Astronautalis va faire les choeurs pour Bleubird et vice-versa.
Il récupère donc les 2 verres de whisky/coca, moi les 2 bières et chacun part vers sa place respective : moi dans le public, lui sur la scène.

Bleubird est bien sûr au premier plan, Astronautalis plus en retrait, assis sur une chaise. Mais malgré tout, il a ce charisme hypnotisant qui fait que l’on a tendance à souvent le regarder. Attention, ne déprécions pas Bleubird pour autant. Lui aussi se donne à fond et possède de bonnes chansons. Il nous embarque très facilement également, mais il ne se lâche pas autant que le fera son camarade par la suite. Cependant, cela fait une découverte très appréciable, et un bon moment passé aux côtés d’un autre fleuron du hip hop indie et engagé.
Il possède aussi la même caractéristique qu’Astro : cette sorte de bipolarité entre l’homme et l’artiste, cette métamorphose qui s’opère dès la première phrase.

Le fait de ne plus être les mêmes lorsqu’ils sont sur scène est commun à de nombreux artistes. Il y a une transe qui s’opère, qu’on peut aussi retrouver dans le spectacle vivant en général.
C’est ce qui pourrait se rapprocher ce qu’on appelle l’état zéro en théâtre : faire le vide, s’oublier soi-même afin de toujours transcender les mots, les gestes… Se surpasser, faire corps et âme avec la musique, les répliques de théâtre, les pas de danse, en somme tout ce qui constitue l’art de la prestation scénique et son côté mystique. On n’y arrive pas toujours forcément par la douceur mélodique et le calme, mais parfois par l’énergie, la fureur, les emportements soudains… Toute émotion peut avoir un rôle à jouer dans cette transcendance.

Vous ne me suivrez peut-être pas forcément dans cette thèse, mais c’est en tout cas ce que j’ai pensé ce soir-là. Et encore plus dès le début du set d’Astronautalis (très peu de temps avant la fin de Bleubird : le temps de brancher son PC et c’était parti pour inverser les rôles).
J’ai réussi à trouver sur youtube une vidéo du premier morceau, « The river, the woods » (vidéo dans laquelle vous pouvez m’entendre crier… J’en suis pas vraiment fière). Et c’est incroyable de voir la façon dont la salle s’est emballée en très peu de temps. Il faut dire que Red et moi avons eu la chance de n’être pas loin de personnes à peu près aussi fans que nous et qui connaissaient très bien les paroles. Pour s’immerger totalement dans l’ambiance, il n’y a pas mieux. Quant à la prestation d’Astronautalis, vous pouvez déjà vous faire une idée grâce à la vidéo. Il est dès le début totalement habité, une lueur indéfinissable illumine ses yeux clairs. Il n’a plus rien à voir avec le jeune homme calme à qui j’ai serré la main il y a à peine une heure. Mais moi non plus, dans le fond je n’ai plus grand chose à voir avec ce que j’étais très peu de temps avant le début.
C’est ça les concerts, lorsqu’ils sont vraiment bons : c’est un dépassement de l’artiste, mais aussi du spectateur. Il y a comme un contrat qui s’instaure entre les deux, un accord implicite : ce soir, oublions-nous. Oublions un peu nos galères, nos soucis de la vie de tous les jours. Profitons simplement du spectacle qui nous est offert, de ce défoulement incroyable et communicatif. De la vie à l’état pur.
Et cela tombe plutôt bien, puisque dans les paroles de la chanson figure la phrase “Follow me tonight, I’ll show you what it’s like to be alive”. On le suit sans hésiter une seule seconde.

C’est donc le coup d’envoi d’un voyage d’environ une heure : on explore bien sûr le nouvel album (avec par exemple “Contrails”, initialement en duo avec Tegan Quin, Bleubird la remplace donc), mais on découvre ou redécouvre avec plaisir d’anciens titres. “Skeleton (everybody’s favorite)” marque alors une pause dans le show, un moment plus calme, mais ô combien savoureux, où on se laisse embarquer dans son récit. Mais il est encerclé par d’autres moments de déchaînement : “Midday moon” où l’on flirte avec l’electro, le génial “The wondersmith and his sons” (qui était la première chanson jouée lors de son concert avec Tegan and Sara : je vous laisse imaginer sa valeur émotionnelle et symbolique pour moi), “This is our science”…
Mais surtout, que dire de ce quasi final prodigieux sur “Trouble hunters” ! Il dit dès le début de plus ou moins foutre le bordel dans la salle, mais dans le respect des autres (Red et moi étions au premier rang, rappelez-vous). Je pense qu’il n’y avait même pas besoin de demander.

Trouble hunters”, c’est sa chanson la plus imparable. Elle est géniale en version album, donc en live… C’est incroyable. Surtout que j’avais été très frustrée de ne pas l’avoir eue lors de son premier concert, donc je me suis bien rattrapée et lui aussi. Ca transpire partout dans la salle, ca crie, ca chante, ca saute même… Encore un peu et on aurait réussi à avoir un pogo dans un concert de hip-hop !

 

Ah, euh, bienvenue dans la foule...

D’ailleurs, Astronautalis et Bleubird poussent jusqu’au bout l’attitude rock, en venant chanter au milieu de la foule. Ca ressemble à une sorte de célébration de ces “trouble hunters”, mais c’est surtout une forme d’unisson. Il n’y a plus la moindre barrière entre la scène et le public. Artiste et spectateur ne font plus qu’un. La seule différence, c’est que l’artiste chante mieux et a un micro. Encore qu’ils n’hésitent pas à le passer à des spectateurs, dont moi à deux reprises. Dans le même genre, Red n’hésitera pas à vous dire qu’elle a chanté tête contre tête avec Astronautalis.
Et surtout, on chante avec conviction et force. Encore plus vu le refrain : “I know it’s hopeless, hell ain’t big enough to hold us back, come on let’s pick a fight, we hunt for troubles tonight, tonight, tonight, you know we’re right”. Ca revient à ce que je disais avant sur le fait d’oublier ses problèmes. C’est encore plus fort d’ailleurs : on ne les oublie pas, on les chasse.

Si j’ai dit “presque final”, c’est que les différents aléas ont fait que nous devons partir afin d’attraper le dernier RER, laissant Astronautalis terminer le concert sur “Secret on our lips”. Mais de toute facon, j’ai beau adorer cette chanson, je préfère finir sur “Trouble hunters”. On commence par une chanson qui cogne, on finit par une chanson qui cogne : la boucle est ainsi bouclée.

Et si j’ai mis aussi longtemps à écrire cet article, outre le manque de temps/motivation, c’est aussi parce qu’il me fallait du recul. En sortant de la salle, je ne pouvais à peu près dire que “Waouh” et faire une comparaison avec le punk rock, puisque mon concert précédent était Yellowcard et que le sentiment était semblable.

C’est véritablement dur d’écrire sur un tel concert : parfois, les mots ne savent retranscrire les émotions, les actions, les souvenirs pourtant bien présents dans ma mémoire. Alors j’esquisse une description à peu près fidèle, j’essaye d’exprimer au mieux ce que j’ai vécu. Mais cela ne sonnera jamais totalement juste, quelque soit le nombre de fois où je réécris le texte. Vous pouvez certes vous faire une idée ressemblante, mais il n’y a rien de mieux que d’aller le voir et vivre ca par vous-mêmes. Vous aurez peut-être une perception différente de la mienne. Et j’avoue que je serais vraiment curieuse de voir comment chacun a vécu le concert. C’est quelque chose de très personnel dans le fond, je ne vous livre que ma vision et mon sentiment. Quand il repassera, j’ose espérer qu’on sera encore plus à y aller.
En attendant, vous avez déjà mon point de vue, j’espère que cela vous a donné envie de vous faire le votre quand vous en aurez l’occasion, car c’est un artiste à ne pas manquer.

Bonus : Si vous voulez avoir un extrait de la prestation de Bleubird et surtout entendre Red crier “mais ouiiii”, je vous invite à aller ici, parce qu’il n’y a pas de raisons pour que je sois la seule à y passer.

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